As-tu la moindre idée du mal que tu lui as causé, de la solitude dans laquelle tu l'as plongé, sais-tu combien ça a duré ? Te rends-tu compte que cet idiot avait le coeur si abîmé qu'il trouvait encore le moyen de prendre ta défense, alors que je faisais tout mon possible pour qu'enfin il te haïsse.
- Peux-tu compter le nombre d'années qu'il lui aura fallu pour accepter de tourner la page, pour réussir à se défaire de toi ? PAs un recoin de Berlin où nous ne marchions le soir sans qu'il me parle d'un souvenir de vous que lui rappellaient la devanture d'un café, un banc dans un parc, une table dans une taverne, les berges d'un canal. Sais-tu combien de rencontres furent vaines, combien de femmes qui tentaient de l'aimer se sont heurtées tantôt à ton parfum ou à l'écho de tes mots imbéciles qui le faisaient rire.
<< J'ai dû tout apprendre de toi ; le grain de ta peau, tes humeurs du matin qu'il trouvait si charmantes sans que je comprenne pourquoi, ce que tu prenais au petit déjeuner, la manière dont tu nouais tes cheveux, maquillais tes yeux, les vêtements que tu préférais porter, le côté du lit où tu dormais. J'ai dû écouter mille fois les morceaux que tu apprenais à ta leçon de piano les mercredis, parce que l'âme en lambeaux il continuait de les jouer, semaine après semaine, année après année. Il m'a fallu regarder tous ces dessins que tu faisais à l'aquarelle ou au crayon à papier, ces stupides animaux dont il connaisait chaque nom. Devant combien de vitrines l'ai-je vu s'arrêter, parce que telle robe t'aurait plu, parce que tu aurais aimé telle peinture, tel bouquet. Et combien d'autres fois me suis-je demandé ce que tu avais bien pu lui faire pour lui manquer à ce point ?
<< Et quand enfin il commençait à aller mieux, je redoudais que nous croisions une silhouette qui te ressemble, un fantôme qui lui aurait fait rebrousser le chemin parcouru. Elle fut longuee la route vers cette autre liberté. Tu me demandais pourquoi je t'ai menti ? J'espère que tu as maintenant compris la réponse.